Oui, Berlin fait marche arrière, mais seulement en partie. La coalition au pouvoir a déposé une série d'amendements dits « de clarification », examinés le mercredi 7 octobre en commission de la santé du Bundestag. Ils limiteraient l'essai obligatoire de six mois sur un médicament fini aux seules indications officiellement autorisées. En revanche, l'exclusion des fleurs de cannabis du remboursement par l'assurance maladie publique reste intacte.
Ce recul intervient au pire moment pour le gouvernement. Une enquête de Der Spiegel soulève de sérieuses questions sur la manière dont Exilby, l'extrait de cannabis du fabricant munichois Vertanical, s'est retrouvé en position quasi incontournable sur le marché. Les journalistes évoquent des contacts avec le ministère, des dons politiques, des visites ministérielles et des doutes internes sur l'efficacité du produit. Le dossier dépasse désormais largement la simple question budgétaire.
Une réforme bouclée en moins de deux mois
Le 30 mai 2026, le BfArM a autorisé Exilby. Le BfArM est l'Institut fédéral des médicaments et des dispositifs médicaux, l'autorité allemande qui délivre les autorisations de mise sur le marché. Exilby est un extrait d'origine végétale indiqué dans la lombalgie chronique à composante neuropathique, c'est-à-dire une douleur du bas du dos liée en partie à une atteinte des nerfs.
Moins de deux mois plus tard, de nouvelles dispositions ont été glissées dans le BStabG (GKV-Beitragssatzstabilisierungsgesetz). Ce vaste paquet d'économies vise à stabiliser les cotisations de l'assurance maladie. Le texte a été adopté par le Bundestag le 10 juillet et il est entré en vigueur le 29 juillet 2026.
Le volet cannabis a pris la forme d'un amendement ajouté tardivement, quelques jours seulement avant le vote. Il touche directement la GKV (gesetzliche Krankenversicherung), l'assurance maladie obligatoire dont relève la grande majorité des Allemands. Le résultat est un basculement de marché rarissime : en douze mois à peine, un produit tout juste autorisé est devenu le passage obligé de milliers de patients.
C'est précisément ce calendrier qui alimente aujourd'hui les interrogations. Qui a rédigé l'amendement ? Pourquoi a-t-il été introduit si tard ? Pourquoi ses conditions correspondaient-elles si exactement au profil d'un seul médicament ? Les réponses publiques restent, à ce jour, contradictoires.
Ce que la loi a changé pour les patients
La réforme repose sur deux mesures. La première retire purement et simplement les fleurs de cannabis séchées du remboursement GKV. Environ 65 000 patients qui les utilisaient déjà ont ainsi perdu leur prise en charge du jour au lendemain.
La seconde impose un essai préalable. Avant de pouvoir prescrire un extrait remboursé, le médecin doit placer son patient pendant six mois sous un médicament fini contenant du cannabis. On appelle médicament fini une spécialité pharmaceutique standardisée, dotée d'une autorisation de mise sur le marché pour des indications précises.
Or seuls quatre produits de ce type sont autorisés en Allemagne, et Exilby est le seul indiqué contre la douleur. Ce point est déterminant. Selon l'enquête nationale du BfArM sur les prescriptions GKV, 76,4 % des patients citent la douleur chronique comme pathologie principale. Pour tout nouveau patient douloureux, Exilby devenait donc de fait obligatoire pendant six mois. Exilby a été lancé commercialement en septembre, en position de premier choix remboursable.
| Situation | Fleurs séchées | Extraits | Essai de six mois |
|---|---|---|---|
| Avant le 29 juillet 2026 | Remboursables | Remboursables | Aucun |
| Depuis le BStabG | Exclues de la GKV | Remboursables après l'essai | Obligatoire pour tous |
| Si les amendements passent | Toujours exclues | Immédiats hors indications autorisées | Limité aux indications des quatre médicaments |
Exilby : une autorisation conditionnelle et contestée
Exilby n'a pas obtenu une autorisation pleine et entière. La réponse écrite du ministère fédéral de la Santé (BMG) à une question parlementaire des Verts, publiée au Bundestag le 23 septembre, le confirme : le médicament a reçu une autorisation conditionnelle. Ce type d'autorisation est accordé sous réserve d'obligations supplémentaires. Vertanical doit ainsi mener une nouvelle étude d'efficacité en raison d'« incertitudes persistantes concernant l'efficacité ».
Der Spiegel va plus loin. Le magazine cite des notes internes du personnel du BfArM, selon lesquelles la décision sur Exilby reposait sur « la directive (orale) de la direction ». Ces mêmes documents font état de « doutes considérables quant au bénéfice » du médicament pendant la procédure.
Interrogé en août, Vertanical a mis en avant deux études montrant une « réduction significative de la douleur ». Une seconde demande de Der Spiegel, portant cette fois sur les contacts de lobbying, est restée sans réponse.
Le contraste est frappant. D'un côté, l'autorité sanitaire elle-même juge nécessaire une étude complémentaire pour lever les doutes sur l'efficacité. De l'autre, la loi a fait de ce même produit le premier traitement remboursable obligatoire pour la majorité des patients sous cannabis médical. Pour les médecins prescripteurs, cela revenait à imposer six mois d'un traitement dont la valeur ajoutée reste officiellement à démontrer.
Dons politiques et rencontre avec le ministère
Le dernier volet de l'enquête de Der Spiegel, publié la semaine dernière à la suite d'un premier article en août, révèle une réunion entre le ministère fédéral de la Santé et des représentants de Vertanical le 21 juin 2024. Elle avait été organisée par un cabinet de lobbying. Selon un courriel consulté par le magazine, la rencontre portait explicitement sur la demande d'autorisation d'Exilby. Cette demande a été déposée trois semaines plus tard, le 15 juillet 2024.
Des articles antérieurs avaient déjà rappelé les dons de Clemens Fischer, fondateur de Vertanical. Il a versé 560 000 € aux quatre grands partis du centre avant les élections fédérales de février 2024 :
- CSU : 200 000 €
- FDP : 200 000 €
- SPD : 100 000 €
- CDU : 60 000 €
Ces dons étaient légaux et déclarés publiquement. Clemens Fischer a expliqué vouloir « renforcer le centre politique ». Ils n'en contribuent pas moins à nourrir les questions sur la proximité entre l'entreprise et les décideurs.
Vertanical appartient au groupe Futrue. Le nom de ce groupe apparaît désormais dans les questions parlementaires adressées au gouvernement. Il s'ajoute à celui de la filiale qui commercialise Exilby.
Visites officielles et demandes d'informations au BfArM
En décembre 2025, le ministre-président bavarois Markus Söder a visité le site de Vertanical. D'après Der Spiegel, le président du BfArM, Karl Broich, a alors indiqué à ses collègues qu'il devrait répondre à des questions sur l'état d'avancement de l'autorisation avant cette visite. Il a ajouté que le ministère de la Santé voudrait lui aussi être tenu informé.
Trois mois plus tard, en mars 2026, Nina Warken (CDU), alors ministre fédérale de la Santé, s'est rendue chez Clemens Fischer, sur le site de Vertanical à Gräfelfing, près de Munich. Vertanical a elle-même documenté la visite en publiant en ligne une photo des deux personnalités.
Selon le magazine, dans les deux cas, des fonctionnaires du ministère ont demandé au BfArM un point d'étape sur l'autorisation avant la visite. Le problème est structurel. Le BfArM est censé statuer de manière indépendante sur des critères scientifiques. Des demandes répétées d'informations venues du politique, à l'approche de visites médiatisées chez le demandeur, créent au minimum une apparence de pression.
Aucune de ces visites n'est illégale en soi. C'est leur accumulation, sur une période où le dossier d'autorisation était en cours d'examen, qui interroge aujourd'hui parlementaires et associations de patients.
Le rôle du G-BA et l'amendement sans auteur
Le G-BA (Gemeinsamer Bundesausschuss) est le Comité fédéral commun, l'instance qui fixe les règles de remboursement en Allemagne. Son président est censé être impartial.
Le 22 juin 2026, le président de l'époque, le professeur Josef Hecken, a recommandé l'essai obligatoire de six mois devant la commission de la santé du Bundestag, lors d'une audition. Il a nommément cité Exilby comme alternative possible. Cette mesure allait bientôt devenir loi. Josef Hecken a démissionné du G-BA huit jours plus tard. Sonja Optendrenk lui a succédé le 1er juillet.
Reste la question centrale : qui a rédigé l'amendement inséré quelques jours avant l'adoption du BStabG ? Les sources gouvernementales ont livré des versions contradictoires, désormais consignées publiquement. Tant que ce point n'est pas éclairci, il est impossible de reconstituer précisément le cheminement d'une disposition qui a redessiné le marché du cannabis médical allemand.
Cette zone d'ombre pèse sur la crédibilité de toute la réforme. Une mesure aux conséquences aussi lourdes pour des dizaines de milliers de patients aurait normalement dû faire l'objet d'un débat parlementaire approfondi. Elle n'aurait pas dû apparaître en fin de procédure dans un texte budgétaire.
Le « non » du ministère de la Santé
La Dre Paula Piechotta, porte-parole santé des Verts, a demandé au gouvernement si des responsables avaient eu des « conversations ou autres contacts avec des représentants de Vertanical GmbH et/ou FUTRUE GmbH » pendant la procédure d'autorisation. Le BMG a répondu en un mot : « Non ».
Ce démenti ne couvre pourtant ni la réunion documentée du 21 juin 2024, ni la visite de Nina Warken en mars 2026. Le ministère a justifié cet écart auprès de Der Spiegel en deux temps :
- Ce type d'échange n'aurait rien d'inhabituel, « en particulier pour les entreprises sans expérience en matière d'autorisation ».
- La demande formelle n'ayant pas encore été déposée en juin 2024, la réunion ne relèverait pas de la « procédure d'autorisation » visée par la question des Verts.
Cette lecture strictement juridique de la question parlementaire risque de prolonger la controverse plutôt que de l'éteindre. Elle n'explique pas non plus pourquoi la visite ministérielle de mars 2026 n'est pas mentionnée, alors qu'elle s'est déroulée en pleine procédure, après le dépôt de la demande.
Ce que changeraient les amendements de la coalition
Face à la pression, les partis de la coalition ont déposé des amendements de clarification. S'ils sont adoptés lors de la séance de la commission de la santé du mercredi 7 octobre, l'essai de six mois ne s'appliquerait plus qu'aux patients dont la pathologie correspond réellement à l'indication de l'un des quatre médicaments finis autorisés.
Concrètement, la réforme serait modifiée sur deux points :
- Patients hors indications autorisées : ils représentent la majorité des patients allemands sous cannabis médical. Ils pourraient se voir prescrire immédiatement un extrait remboursé, sans passer par un médicament fini.
- Patients déjà stabilisés sous extraits : ils pourraient poursuivre leur traitement sans interruption.
Pour la lombalgie chronique à composante neuropathique, l'indication d'Exilby, l'essai resterait en revanche obligatoire. L'ajustement corrige donc l'effet le plus brutal de la loi, qui revenait à imposer un médicament unique à presque tous les nouveaux patients douloureux. Il ne remet pas en cause la logique de fond : un passage préalable par un médicament fini partout où il en existe un.
Pour les 65 000 patients sous fleurs, rien ne change
Pour les quelque 65 000 patients privés du remboursement des fleurs de cannabis depuis le 29 juillet, ce recul ne change presque rien. Les amendements ne touchent pas à l'exclusion des fleurs séchées de la GKV.
En théorie, une porte restait entrouverte. Un patient atteint d'une maladie mettant en jeu le pronostic vital peut demander à son assureur une prise en charge des fleurs à titre exceptionnel. Le média spécialisé Apotheke Adhoc a toutefois rapporté le 1er octobre que cette voie était désormais fermée en pratique.
L'accord tarifaire entre pharmacies et caisses d'assurance, qui rendait cette procédure d'urgence applicable, est arrivé à échéance. Il n'existe donc plus de prix convenu pour les fleurs prescrites dans ce cadre, ce qui équivaut, dans les faits, à une absence de remboursement.
Ces patients se retrouvent face à trois options :
- payer leurs fleurs de leur poche ;
- basculer vers des extraits, au prix d'un changement de traitement parfois mal toléré ;
- renoncer à un traitement qui leur convenait.
Les associations de patients ont promis de tout mettre en œuvre pour faire annuler ces coupes.
Ce que cette affaire nous dit du cannabis médical
Au-delà des soupçons de lobbying, le dossier allemand illustre un problème de fond. Réduire le cannabis médical à un produit unique, c'est ignorer ce que tout cultivateur sait d'expérience : la plante est diverse. Chaque variété possède son propre chémotype, c'est-à-dire son profil chimique particulier en cannabinoïdes et en terpènes. Deux patients souffrant de la même pathologie ne réagissent pas forcément de la même façon au même profil.
La fleur séchée permettait justement aux médecins d'ajuster le traitement en choisissant parmi plusieurs variétés. En la retirant du remboursement, l'Allemagne a retiré cet outil de personnalisation à des dizaines de milliers de patients. Les amendements en discussion n'y changent rien.
Chez Shottas® Seeds, nous défendons depuis toujours la même idée : la qualité naît de la sélection, de la transparence et du respect de la diversité génétique. Jamais d'un raccourci imposé d'en haut. Une politique de santé publique mérite la même exigence. Des décisions claires, une traçabilité complète et des patients placés au centre, pas en bout de chaîne. Pas de médiocrité, y compris dans la loi !
Questions fréquentes
Les fleurs de cannabis sont-elles encore remboursées en Allemagne ?
Non. Depuis le 29 juillet 2026, les fleurs séchées sont exclues de l'assurance maladie obligatoire allemande. Environ 65 000 patients ont perdu leur prise en charge. La procédure d'urgence réservée aux maladies graves est elle aussi bloquée en pratique, faute d'accord tarifaire en vigueur entre pharmacies et caisses d'assurance.
Qu'est-ce qu'Exilby et pourquoi est-il controversé ?
Exilby est un extrait de cannabis d'origine végétale du fabricant munichois Vertanical. Il est autorisé de manière conditionnelle contre la lombalgie chronique neuropathique. La réforme l'a rendu quasi obligatoire pour les nouveaux patients douloureux, alors que des notes internes de l'autorité sanitaire évoquaient des doutes considérables sur son bénéfice.
Qu'est-ce que l'essai obligatoire de six mois ?
C'est une règle introduite par la loi BStabG. Elle oblige les médecins à prescrire pendant six mois un médicament fini autorisé contenant du cannabis avant de pouvoir prescrire un extrait remboursé. Le seul médicament autorisé contre la douleur étant Exilby, la règle orientait mécaniquement les patients douloureux vers ce produit.
Que prévoient les amendements de clarification de la coalition ?
Ils limiteraient l'essai de six mois aux patients dont la pathologie correspond à l'indication d'un des quatre médicaments finis autorisés en Allemagne. Les autres patients pourraient recevoir immédiatement un extrait remboursé, et ceux déjà stabilisés sous extraits poursuivraient leur traitement. L'exclusion des fleurs séchées resterait inchangée.
Le ministère allemand de la Santé a-t-il rencontré Vertanical ?
Selon Der Spiegel, une réunion a eu lieu le 21 juin 2024 au sujet de la future demande d'autorisation, et la ministre Nina Warken a visité l'entreprise en mars 2026. Le ministère a pourtant répondu « non » aux Verts, estimant que la réunion de 2024 précédait la procédure d'autorisation proprement dite.
Les dons de Clemens Fischer aux partis étaient-ils illégaux ?
Non. Le fondateur de Vertanical a versé 560 000 € à la CSU, au FDP, au SPD et à la CDU avant les élections de février 2024. Ces dons étaient légaux et déclarés publiquement. Ils alimentent toutefois le débat sur la proximité entre l'entreprise et les responsables politiques.




